Par Pierre Guilbert,
jeudi 11 août 2011 { Thème Société }
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Quand bien même on pourrait le croire, ceci n’est pas un billet sur la Stib !
J’étais ce soir sans pluie à l’arrêt de bus. Trois minutes d’attente, tout va bien. Une voiture s’arrête. Le passager est en grande discussion avec le conducteur. Il le remercie chaleureusement et descend. Il a une canne blanche. Il tâtonne le trottoir et va de l’avant. Je lui demande s’il veut de l’aide. Il me répond qu’il doit aller de l’autre côté, mais qu’il trouvera bien des âmes charitables pour l’aider à traverser. Il ne veut surtout pas me faire rater mon bus. Je l’accompagne jusqu’au passage piétons, et là, il y va de sa grande voix. Sans hésiter. Quelqu’un peut m’aider s’il vous plaît ? On entend – oups, j’avais écrit « on voit »… – qu’il a l’habitude. Tout de suite un jeune lui répond. Un de ces jeunes qu’on pourrait croire dans les émeutes de Birmingham. Avec un grand sourire, il le prend par le bras et l’amène de l’autre côté.
C’est tout. Rien que ça. Cet homme est entré dans notre vie par une portière et en est ressorti par un passage piéton. Une minute et demi, guère plus. Mais quand il est parti, la petite dizaine de personnes qui attendaient comme moi s’est mise à parler. Du handicap, de la difficulté de vivre dans le noir, de la solidarité. Et aussi, bien sûr, des temps d’attente à la Stib et de son incapacité à assurer de bons transports. Quand mon bus est arrivé, ceux qui en attendaient un autre m’ont dit au revoir. Jamais ça ne m’était arrivé.
On dirait que ne rien voir délie les langues. Ce type avait l’air heureux. Quel dommage qu’il n’ait pu voir les visages qui le regardaient. Il les avait ouverts, ces visages, ces regards, ces sourires. Au pays des gens normaux, les aveugles peuvent être des Kings !
Par Pierre Guilbert,
mercredi 10 août 2011 { Thème Transports }
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Les enfants, nous allons tenter de résoudre un problème logique. Ouvrez votre cahier et prenez note de l’énoncé du problème ! Vous allez voir, c’est un problème qui vous touche. L’institutrice aimait ces séances où elle apportait des cas concrets à ses élèves pour les aider à développer leurs facultés de raisonnement logique.
Grand Un : pendant les vacances, la SNCB se plaint souvent des perturbations occasionnées par la présence de groupes de jeunes qui n’ont pas réservé. Ça empêche notre entreprise nationale d’adapter ses trains pour la circonstance, et y compris de prévoir un nettoyage au retour des camps.
Ici, l’institutrice rigole. Ne notez pas cela, les enfants, mais vous savez ce qu’un contrôleur m’a dit la fois dernière ? Que les scouts, ça va à l’aller. Mais au retour du camp, on se rend compte tout de suite à l’odeur qu’ils ont passé deux semaines sans douche et sans lessive… Mais continuons, c’était une digression. Quoi, Jessica ? Oui, oui, on dit bien une « digression » et non une disgression, ma petite. Reprenons.
Grand Deux : les conséquences de ces non réservations sont systématiquement néfastes pour tout le monde. Les autres voyageurs que ça n’amuse pas de faire leur trajet avec un scout qui chante youkaidi youkaida assis sur leurs genoux ; les troupes de scouts qui ne peuvent bénéficier de places regroupées et voient par ailleurs leur image écornée ; les contrôleurs qui ont un surplus de travail imprévu et doivent gérer la mauvaise humeur de tout le monde ; les nettoyeurs de train qui, comme je l’ai dit, doivent décrotter tous les wagons par la suite. Non, Kevin, « décrotter » ne signifie pas seulement retirer les crottes, petit coquin… Par ailleurs, les temps d’embarquement et de débarquement sont augmentés, et la sécurité en prend un coup dans les lattes. Quoi, Mohamed ? Non, un coup dans les lattes n’a rien à voir avec un coup de latte.
Grand Trois : sachant que le coût des réservations en groupe reste sensiblement plus cher que le prix d’un trajet avec un simple Go Pass, la direction de la SNCB se demande ce qu’elle pourrait faire pour inciter les mouvements de jeunesse à davantage réserver leurs voyages en train.
Vous avez bien noté ? Je vous laisse trois heures et demi pour réfléchir. Quoi, Toto ?
- Madame, c’est beaucoup trop simple comme problème. On n’est plus en première primaire quand même ! Il suffit que la SNCB rende le prix des trajets en groupe plus attractif que celui des Go Pass, et le tour est joué !...
- C’est très très bien, mon Toto. Bravo ! Comme récompense, tu es nommé patron de la SNCB.
Par Pierre Guilbert,
mercredi 10 août 2011 { Thème Transports }
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Les enfants, nous allons tenter de résoudre un problème logique. Ouvrez votre cahier et prenez note de l’énoncé du problème ! Vous allez voir, c’est un problème qui vous touche. L’institutrice aimait ces séances où elle apportait des cas concrets à ses élèves pour les aider à développer leurs facultés de raisonnement logique.
Grand Un : pendant les vacances, la SNCB se plaint souvent des perturbations occasionnées par la présence de groupes de jeunes qui n’ont pas réservé. Ça empêche notre entreprise nationale d’adapter ses trains pour la circonstance, et y compris de prévoir un nettoyage au retour des camps.
Ici, l’institutrice rigole. Ne notez pas cela, les enfants, mais vous savez ce qu’un contrôleur m’a dit la fois dernière ? Que les scouts, ça va à l’aller. Mais au retour du camp, on se rend compte tout de suite à l’odeur qu’ils ont passé deux semaines sans douche et sans lessive… Mais continuons, c’était une digression. Quoi, Jessica ? Oui, oui, on dit bien une « digression » et non une disgression, ma petite. Reprenons.
Grand Deux : les conséquences de ces non réservations sont systématiquement néfastes pour tout le monde. Les autres voyageurs que ça n’amuse pas de faire leur trajet avec un scout qui chante youkaidi youkaida assis sur leurs genoux ; les troupes de scouts qui ne peuvent bénéficier de places regroupées et voient par ailleurs leur image écornée ; les contrôleurs qui ont un surplus de travail imprévu et doivent gérer la mauvaise humeur de tout le monde ; les nettoyeurs de train qui, comme je l’ai dit, doivent décrotter tous les wagons par la suite. Non, Kevin, « décrotter » ne signifie pas seulement retirer les crottes, petit coquin… Par ailleurs, les temps d’embarquement et de débarquement sont augmentés, et la sécurité en prend un coup dans les lattes. Quoi, Mohamed ? Non, un coup dans les lattes n’a rien à voir avec un coup de latte.
Grand Trois : sachant que le coût des réservations en groupe reste sensiblement plus cher que le prix d’un trajet avec un simple Go Pass, la direction de la SNCB se demande ce qu’elle pourrait faire pour inciter les mouvements de jeunesse à davantage réserver leurs voyages en train.
Vous avez bien noté ? Je vous laisse trois heures et demi pour réfléchir. Quoi, Toto ?
- Madame, c’est beaucoup trop simple comme problème. On n’est plus en première primaire quand même ! Il suffit que la SNCB rende le prix des trajets en groupe plus attractif que celui des Go Pass, et le tour est joué !...
- C’est très très bien, mon Toto. Bravo ! Comme récompense, tu es nommé patron de la SNCB.
Par Pierre Guilbert,
mercredi 29 juin 2011 { Thème Médias }
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La Libre pose une question essentielle : faut-il que les médias boycottent le Tour de France vu les affaires de dopage ?
Le lecteur un peu con n'aura pas trop de mal à répondre, vu qu'il suffit de cocher oui ou non. Une autre réponse ? Pas possible. Et pourtant...
Le Tour est un événement, et en plus en juillet, quand il ne se passe quasi rien. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, le Tour participe donc à l'actualité. Mais le problème du dopage est-il d'ordre sportif ou économique ? Plutôt que de penser à ne pas parler du Tour, qu'au contraire les médias en parlent ! Et qu'ils dénoncent clairement toutes les firmes et les fonds qui sont derrière le dopage : les sponsors des équipes dopées, leurs actionnaires ainsi que ceux des industries dopantes, les labos de chercheurs en la matière. Et alors oui, on pourra menacer de boycott toutes les entreprises qui sont de près ou de loin liées au dopage.
La Libre devrait-elle faire un peu plus preuve de créativité journalistique ? Euh... Oui !
Par Pierre Guilbert,
mardi 21 juin 2011 { Thème Médias }
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Facebook fait souvent l’objet de critiques somme toutes souvent acceptables : les propos qui s’y lisent sont futiles, sans aucun intérêt et passablement idiots. Allez, reconnaissons que c’est parfois vrai.
Mais que dire des commentaires que l’on trouve dans les forums des journaux ? La toute grande majorité relève de la pire bêtise et de la méchanceté la plus crasse. Et comme ils sont signés de pseudos, ces croisés moralisateurs en herbe émettent des jugements à la mords-moi-l’nœud dans un anonymat totalement impuni. Aujourd’hui, le maintenant célèbre Docteur J’vais dire en prend pour son grade. L’article de
La Libre est pourtant quand même triste. Le toubib reconnaît son erreur et explique qu’il n’en dort plus, que « sa copine » l’a quitté pour retourner chez son ex. Allez, après les sarcasmes, on se sent quand même assez compatissant à l’égard de ce pauvre gars. Qui n’a jamais fait de conneries ? Mais les lecteurs les plus actifs de La Libre, eux, ne le voient pas du même œil : charlatan, alcoolique, gros nul, zigoto… Des mots méchants, qui font mal, même s’ils cohabitent avec des appels au calme, à la compréhension, à la compassion.
Ce sont ces mêmes commentaires lapidaires et gratuits, illégitimes et exagérés, qui ont fait office de jugement sans appel de la note de la Stib, une note si controversée alors que franchement je n’y ai rien vu de choquant. Ces commentaires de tous ces Dupont-Lajoie aussi haineux qu’haïssables font du tort. A leurs victimes mais aussi à la démocratie.
Alors, si certains invoquent la connerie de certains posts sur Facebook pour en recommander la suppression, pourrait-on en arriver à préconiser l’interdiction des médias sous prétexte que leurs forums font l'apologie d’une pensée des plus poujadistes, voire racistes, réacs et extrémistes ? Bien sûr que non. Mais on pourrait certainement apporter une amélioration évidente : interdire les pseudos et empêcher l’anonymat. On peut dire de vraies conneries, mais il faut les signer !
On pourrait alors pasticher le titre du livre de Séguéla :
Ne dites pas à ma mère que j’écris dans les Forums de La Libre… elle me croit pianiste dans un bordel…
Par Pierre Guilbert,
vendredi 10 juin 2011 { Thème Société }
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Déjà que ça n'est pas agréable d'accueillir des collaborateurs parisiens qui, dès les premiers pas à la Gare du Midi, se font piquer leur ordinateur portable. On a un peu honte quand même. Et on est désolé à la place des connards qui ont commis ce délit avec une technique expérimentée, mot sympa de l'un pendant que l'autre vous dépouille.
Alors on tente d'édulcorer quelque peu le désagrément en les accompagnant au commissariat de police. Au ? Non, aux. Avec un x. On a dû en faire quatre. Le premier était débordé, que voulez-vous mon cher monsieur, y a trop de délits. Le second était fermé. Il y avait bien des gens à l'intérieur, mais personne pour répondre aux coups de sonnette. On s'imagine alors en train de crever la gueule ouverte sous les yeux du fonctionnaire de police en train de ranger ses papiers parce que ça ferme... Le troisième ? Là, c'est trop comique. On entre dans le vestibule. Surchauffé, oui, oui, le chauffage fonctionnait. Sur la vitre du guichet, presque en train de se décomposer comme dans un sauna, un A4 affiche un grand "Patientez". Mais sur une porte sur le côté, un "Accueil" semble contredire cette consigne. Doit-on attendre ou franchir la porte ? Je tente d'ouvrir. Fermé. Je toque. Pas de réponse. Pas de sonnette. Pas d'annonce, à part des tas d'affiches pour dire que la police est là en cas de vol, de viol, de dépression nerveuse, d'homophobie, de car-jacking, de corruption, d'état de connerie avancé. Mais aucune affiche ne dit ce qu'il faut faire pour être mis en contact avec un gardien de la paix. Je téléphone au 101. Le gus qui me répond a du mal à comprendre pourquoi je l'appelle d'un commissariat de police... Suis-je en danger ?... Il est bien obligé de reconnaître que ça n'est pas normal, mais ne peut rien me conseiller. Mes visiteurs parisiens rigolent un peu. Non seulement on n'a pas de gouvernement, mais en outre plus de police !
On a finalement été à l'Amigo, commissariat du centre-ville toujours ouvert. Mes visiteurs parisiens auront eu le loisir de découvrir les sous-sols du métro bruxellois et les halls de commissariat. Chouette découverte touristique. Ils reviendront ! Et au moins, s'ils ne trouvent pas à loger, ils savent qu'ils peuvent dormir dans le vestibule surchauffé du commissariat de l'avenue Fonsny.
Par Pierre Guilbert,
samedi 4 juin 2011 { Thème Mes petites histoires }
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Le 31 octobre 1988 tombait un lundi. Ça peut paraître insignifiant comme rappel, mais non, vous allez voir. Je devais déménager mes bureaux, et avais décidé de le faire ce jour-là. Veille de la Toussaint, il était évident que tout le monde ferait le pont. Les clients nous laisseraient donc faire cela à l’aise.
Pour les Belges qui s’en souviennent, le téléphone à l’époque relève du monopole de l’ineffable RTT, entreprise kafkaïenne qui fait aujourd’hui passer Belgacom pour un exemple de la modernité et de l’orientation client, c’est dire. Il fallait six semaines à la RTT pour effectuer un bête transfert de ligne téléphonique. L’horreur. Mais je suis dans les temps : je demande le transfert deux mois à l’avance, et obtiens une réponse positive. Ouf.
Peu coutumier toutefois d'une quelconque efficacité de notre entreprise nationale, je m’enquiers, une dizaine de jours avant, d’une confirmation. Et là, c’est la cata.
Mais non, monsieur, ça n’est pas possible, pensez bien, tout le monde fait le pont… J’ai beau expliquer que deux mois plus tôt ils savaient déjà que le 31 tomberait un lundi et juste avant le 1er, rien n’y fait. Mon interlocutrice ne peut que me faire part de son impuissance. Je menace. De tout. Lettre au ministre ou, pire, au syndicat. Grève de la faim ou, pire, du zèle. Immolation, conférence de presse, etc. La brave dame me promet de tout mettre en oeuvre pour m'aider. Et le lendemain, miracle, elle m'annonce qu’elle a supprimé le congé d’un employé. Et que le transfert sera effectué. J’ai ce qu’il me faut, je garde l’esprit serein, merci la RTT.
Jour J, lundi 31 octobre. Alors que le camion est quasi plein devant les anciens locaux, je me rends à la nouvelle adresse, histoire d’ouvrir les portes et de dérouler le tapis rouge. Mais ce que je découvre me fait déchanter. Devant la porte, seul accès possible au bâtiment, un trou. Et au fond du trou, mon pauvre gars qui fébrilement chipote avec des fils rouges, jaunes, verts et bleus.
- Mais que faites-vous là ?....
- Ben, j’installe le téléphone, ce n’est pas cela que vous vouliez ?
Je le sens, le gars est un peu fâché sur moi. Pensez, on a supprimé son congé.
- Mais oui, je veux le téléphone, mais mon camion de déménagement va arriver !...
- Oh, pas de problème, je peux reboucher sans problème, mais vous n’aurez pas votre téléphone…
- Ecoutez, que ça soit clair : je veux le téléphone mais je ne veux pas de trou devant la porte !
Du fond de son trou, le gars me fait signe que cette équation est totalement impossible. Je commence à paniquer, je zieute vers le haut de la rue, le camion va arriver, ils vont me facturer des heures en plus…
Mais ce n’est pas possible, dis-je au mec, v
ous avez quand même des passerelles à la RTT ? non ?...
Et c’est là que, sans le savoir, mon interlocuteur me sort une réplique qui me fait encore sourire 23 ans plus tard :
Ah, non, ça n’est pas possible, parce que le service des passerelles fait le pont !
Je ne l’avais pas remarqué : c’était Raymond Devos qui était au fond du trou.
Par Pierre Guilbert,
lundi 23 mai 2011 { Thème Communication }
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On se demande comment ils font ! Un truc comme le Festival de Cannes, véritable pompe à fric, surfinancé, sursponsorisé et surmédiatisé. Et ils parviennent à produire un spectacle d'une médiocrité sans pareille pour la remise des prix. Un anti spectacle, avec pourtant des gens du spectacle qui ont eu tout le loisir de préparer quelque chose à dire sur scène. Des comédiens de premier choix qui parlent mal. Des réalisateurs qui remercient leur maman et leur petit chat. Mon dieu mon dieu.
Le pompon, c'est avec la réalisatrice de Polisse, une certaine Maïwenn qui est arrivée totalement essoufflée et presque en pleurs. Pathétique. Et ça s'éternisait. On en serait presque à conseiller aux gens du Festival de faire un cahier des charges et une formation des gens qui sont susceptibles de venir sur scène. Bouleversant d'ennui complet. Au moins, on n'a plus eu la Sophie Marceau qui revenait d'avoir passé toute son après-midi avec des enfants malades...
Eh oui, ce n'est pas tous les ans qu'on a le plaisir de voir un Benigni exploser de joie, traverser la salle en marchant sur les dossiers, et se prosterner devant le président du jury. Dommage.
Par Pierre Guilbert,
jeudi 12 mai 2011 { Thème Société }
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C’est incroyable comme la nature est bien faite. Vous êtes-vous déjà demandé comment il se fait que toutes les rivières, sans exception, ont dessiné leur lit de manière à passer sous les ponts et pas à côté ? Et la neige ? Eh bien, la neige ne choisit de tomber que là où il fait froid ! De la même manière qu’on ne trouve jamais de montagne en plaine. Ni de cascade au fond de la mer. Quant au déroulement du temps, il est étonnant de constater que toutes les journées commencent inexorablement par le matin et que le soir tombe systématiquement pile poil au moment où le soleil se couche. Et ce quelle que soit l’heure ! Au même titre enfin que la réponse à cette question existentielle qui a de quoi étonner par son implacable logique : en quelle année sera-t-on après le 31 décembre 2011 ? Je vous le donne en mille : en 2012, oui messieurs ! Incroyable. Comme si tout avait été écrit à l’avance.
Le corps humain n’est pas en reste, ce corps humain qui a admirablement ajusté sa taille à celle des tables, des chaises, des portes. Vos pieds par exemple qui s’adaptent parfaitement à n’importe quelle chaussure de la bonne pointure, c'est-y pas merveilleux ? Et nos oreilles, qui non seulement ne pourraient être mieux faites pour accueillir le premier coton-tige venu, mais qui surtout, merveille de la précision et de l’adéquation, se sont positionnées à l’endroit précis de la courbure des branches de lunettes.
Non, vraiment, la nature est bien faite. Les maths ? Cela fait des années que je cherche l’exception et je vous mets au défi de la trouver : additionnez n’importe quel nombre impair avec n’importe quel nombre impair, eh bien vous obtiendrez à chaque fois, oui à chaque fois, un nombre pair. Etonnant, non ?
Les villes. Mais par quel diable de hasard les feux rouges ne fleurissent-ils qu’aux carrefours ? Et les rails de tram qui correspondent tip top à l’écartement des roues des véhicules ! Ah, dame Nature, que vous faites bien les choses !
Les exemples sont légions. Tenez, les Bantous. Eh bien, non seulement ils parlent tous une langue particulièrement difficile, mais en plus ils la comprennent ! Tous ! Et nos yeux ? Imaginez qu’ils se soient localisés dans le pli des genoux… Eh bien, ce serait quand même plus compliqué de regarder la télé, non ? Quant aux égouts, s’ils étaient fichus au sommet des clochers, eh bien ils ne serviraient pas à grand-chose. Vraiment, ces quelques exemples sont de nature à nous la faire aimer, la nature.
J’en étais là, dans ma contemplation, avec une certaine recherche quand même, je l’avoue, d’une exception à la règle. Eh bien, je l’ai trouvée ! Ici même, en Belgique, ça alors. Ça fait bientôt un an qu’on a voté, et on n’a toujours pas de gouvernement ajusté à la composition du parlement ! Voilà donc l’erreur de la nature : la Belgique ! Ou alors, peut-être est-ce simplement une de ses facéties. Une coquetterie.
Par Pierre Guilbert,
mercredi 11 mai 2011 { Thème Belgium }
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Un taximan bruxellois embarque illégalement un client à l'aéroport. Il se fait interpeller par un flic, bouscule ce dernier, qui riposte en lui tirant dessus.
Je ne sais pas si ce fait-divers est parfaitement résumé. Peu importe. Ce n'est pas de ça que je veux parler, mais du terme "illégalement". En quoi peut-on considérer qu'un homme dont le boulot déclaré est d'embarquer des client pour les amener d'un point à un autre commet un acte illégal ?... C'est parce qu'on est en Belgique, un Etat fédéral. Bruxelles fait partie de la Région bruxelloise, tandis que l'aéroport, à quelques kilomètres de là, est en région flamande. Ce ne sont pas les mêmes autorisations, ni les mêmes taxes. Et ça génère donc cette situation parfaitement absurde :
- Dans un sens ou dans l'autre, les taxis sont obligés de faire le retour à vide.
- Cela augmente forcément le coût de la course, ce qui dissuade certains clients et diminue la rentabilité du métier.
- Cela augmente forcément aussi la consommation de CO2, vu qu'il faut deux voitures pour faire un aller / retour.
- Cela amène très régulièrement les chauffeurs, exaspérés par des règles coûteuses qui ne sont pas toujours respectées, à se casser la gueule mutuellement de temps en temps.
- Cela amène l'un d'entre eux, contrôlé en situation irrégulière, à faucher méchamment un flic un peu trop zélé.
- Cela amène ce dernier à sortir son flingue pour arrêter son chauffard en tort.
- Cela amène un client d'un taxi bruxellois à pouvoir raconter que c'est dingue ce qui lui est arrivé, être pris en charge par un taxi qui fauche un flic et se fait tirer dessus. Non pas à Kaboul, mais à Bruxelles, capitale de l'Europe.
- Cela amène tous les taxis à bloquer pendant des heures l'accès à l'aéroport.
Tout ça pourquoi ? Parce que des hommes et des femmes politiques, qui connaissent les raisons de cette situation absurde depuis 20 ans, n'ont toujours pas été capables de prendre une simple et bête décision qui soit à même de supprimer ladite absurdité : faire en sorte que les taxis bruxellois puissent charger à l'aéroport, et que les taxis de l'aéroport puissent charger à Bruxelles. Ah. C'est si simple ? Ben oui. Mais chacune des deux régions percevraient alors moins de taxes ? Ben oui, sans doute, mais est-ce si grave ?... Les taxis sont là non pas pour favoriser la fiscalité, mais bien la mobilité...
Dis, Le Guilb, tu ne t'es pas trompé dans ton titre ? Ca n'est pas ça, normalement. Ah oui, vous avez raison, désolé. Il fallait lire en effet "Gendarmes et voleurs"...
Par Pierre Guilbert,
mardi 10 mai 2011 { Thème Société }
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Le 10 mai 81, c'était déjà il y a trente ans ! Cette émotion de voir s'afficher à 20h pile poil le visage de Mitterrand reste encore gravée dans ma mémoire. Je me rongeais les ongles, j'avais confiance mais on ne sait jamais. La vague rose était en marche. Pas pour très longtemps mais quand même.
Un des derniers Nouvel Obs est revenu sur ces moments historiques, en racontant les rapports de forces entre partis. Le Parti Communiste avait appelé bien évidemment à voter Mitterrand. Publiquement, car dans les coulisses il poussait à opter pour Giscard. Normal, les Communistes savaient que si la gauche gagnait, c'en était fini de leurs velléités de leadership. Position paradoxale équivalente au RPR de Chirac. Officiellement, il appelait à voter Giscard, mais en sous-main, il incitait à choisir Mitterrand. Son calcul était le suivant : le PS ne tiendra pas deux ans. En attendant, Giscard aura été éliminé. Et le RPR reprendra le leadership à droite. Machiavel sur Seine.
Certains de mes amis me demandent parfois pourquoi je ne fais pas de la politique. Eh bien, c'est pour ça. Vous adhérez à un parti ? Automatiquement vous devenez l'ennemi des autres partis, mais aussi des électeurs patentés à ces autres partis. Mais en outre, vous vous retrouvez illico presto concurrent de vos nouveaux potes au sein de votre propre parti. En fait, si je suis profondément démocrate, je hais la particratie. J'ai des amis dans tous les partis, à l'exception notable de l'extrême-droite. Mais tous les partis ont en leur sein des représentants que je ne trouve pas fréquentables. Oui, j’aimerais bien pouvoir « panacher », et voter pour des personnes en qui j’ai confiance, quelle que soit leur appartenance politique. Une dream team, je peux en avoir, pour ma commune, ma région, mon pays. L'intelligence et la vertu ne respectent pas les clivages. Et oui ça me débecte de devoir absolument choisir un parti, quitte à favoriser son leader qui ne me plait pas.
Mais bon, allez, si l’important c’est la rose, il n’en demeure pas moins qu’elle garde de fameuses épines 30 ans plus tard…
Par Pierre Guilbert,
mercredi 4 mai 2011 { Thème Transports }
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Allez, je profite d'un retard éventuellement probable et aléatoire de sans doute 20 à 25 minutes pour défaut de fonctionnement d'un passage à niveaux pour (me) poser quelques questions.
- Ce n’est que dans ses trains les plus modernes que la SNCB a installé des prises de courant. Deux par wagon, ce qui n’est pas beaucoup. Quand donc pensera-t-elle à en indiquer les emplacements ? Et à demander de les laisser libres, si possible, à ceux qui en ont besoin ?
- Rien de pire que se taper pendant tout un voyage en train un voisin qui raconte sa vie au GSM. Quand donc la SNCB pensera-t-elle à instaurer des wagons sans téléphone et à en recommander l'usage sur les plates-formes ?
- Au vu du rouge qui continue à orner ses panneaux de départs, qui plus est avec des retards frisant l'indécence, la SNCB devrait garantir une présence humaine sur tous ses quais. Non pas pour que ses pauvres employés se fassent injurier, mais bien pour conseiller ses clients. Mon train a 43 minutes de retard... Que me conseillez-vous ? Ca semblerait logique, non ? Quand donc le législateur obligera-t-il la SNCB à assurer ce type de service ?
- Le week-end dernier, à chaque gare, le contrôleur annonçait que "normalement", et il insistait sur ce mot, il y avait des correspondances assurées. Ce "normalement" faisait sourire tout le monde. Quand donc la SNCB se décidera-t-elle à assumer le fait que ses horaires restent normalement totalement aléatoires et quasi jamais fiables ?
En fait la question fondamentale, c'est
Quand donc aurons-nous en Belgique des services de transports un tant soit peu respectueux et de leurs clients et de leur rôle ? Mais à cette question, personne ne peut répondre. Ni la SNCB ni le législateur.
Par Pierre Guilbert,
jeudi 21 avril 2011 { Thème Société }
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Station de métro de la Gare du Midi. En haut des quelques marches que je dois gravir pour rejoindre mon quai, un homme est couché. De tout son long et en plein passage. L'image est surprenante. D'autant plus que plusieurs personnes sont debout à ses côtés, en l'ignorant totalement. Est-il mort, malade, blessé ? Face à l'indifférence des autres, je me dis ça y est c'est pour ma pomme. Si jamais c'est un simulacre de quelque chose, avec une caméra cachée qui va se lamenter sur l'inhumanité de la société, et qu'on me voit à l'écran, non mais imaginez ça... Une vidéo qui circule sur Facebook, Hé, Guilbert on t'a vu ! Ah t'avais l'air malin face aux caméras de la Stib !... Mais je n'ai pas envie de le toucher, moi. Il a l'air sale. Et en effet, en m'approchant, je constate que la jambe droite de son pantalon est toute mouillée. Il a pissé ! J'arrive à hauteur de son visage, regrettant de n'avoir pas d'hygiaphone avec moi. Je tente de repérer un signe de quelque chose. Rien. Le "Ca va Monsieur" que je lui adresse ne réveillerait pas un mort. Il est chuchoté. Faut dire qu'en regardant les autres, je me rends compte que tout le monde évite le regard de tout le monde. L'homme ne répond pas. Dort-il ?...
Et puis, péniblement, sa tête se lève légèrement. L'oeil vitreux ne regarde rien. Ni personne. Son bras s'active, mécanique grippée et hésitante. Sa main saisit une bouteille que je n'avais pas vue. Du Martini Bianco. Bouteille à moitié vide qu'il continue à vider. Le mec n'est pas mort, ni blessé, ni malade. Il est bourré et s'est pissé dessus sur le quai de métro de la gare du Midi, porte d'entrée de l'Europe. Point de caméra cachée ni de téléréalité. C'est la réalité tout court.
Par Pierre Guilbert,
vendredi 15 avril 2011 { Thème Société }
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Beau problème de droit international. Et de droit tout court d'ailleurs.
Sharia4Belgium, groupuscule aux ramifications internationales - Il en existe dans d'autres pays européens -, développe un discours délirant et inacceptable. Pour eux, la démocratie ne respecte pas les préceptes de l'Islam, vu que c'est Allah qui décide. Si certaines lois interdisent le port de signes religieux, il ne faut pas en tenir compte, vu que ces lois sont le fruit de la démocratie qu'il faut combattre. Par ailleurs, si les Musulmans sont ici, disent-ils, c'est pour y rester et créer un Etat islamique, à partir duquel il vont conquérir le reste du monde. Et si leurs voisins (nous donc) ne les supportent pas, qu'ils déménagent, et émigrent vers un pays où il n'y a pas d'Islamistes. Wouf !
Une
vidéo effrayante filmée à Bruxelles et qui reprend ces propos circule sur Youtube.
Qu'on se rassure tout de suite, ces gens ne représentent qu'une infime minorité des Musulmans d'Europe. Ils sont rejetés par la plus grande majorité d'entre eux. Mais le problème de droit reste :
Le Maroc a délivré un mandat d’arrêt international contre Abou Imran, le leader de Sharia4Belgium, pour trafic de drogues et réclame son extradition. Or ce dernier jouit de la double nationalité. Avant de verser dans le salafisme, il était un petit délinquant bien connu des services de police pour vol, rébellion, trafic de stupéfiant, menaces… Plus récemment, il s’était fait repérer par la Sûreté de l’Etat pour des affaires en lien avec les armes et les munitions. (Infos trouvées dans
Le Vif.)
Cela veut dire que la nationalité belge octroyé à ce type qui annonce clairement ses intentions anti-démocratiques (comme anti-Belgique) et semble impliqué dans des affaires d'armes, le protège d'un mandat d'arrêt donné par son pays d'origine... C'est assez interpellant, non ?
Allez, terminons par une anecdote : c'est la première fois que je vois un
site qui distingue les sexes pour les infos. Comme pour les toilettes. Comme quoi, Sharia4Belgium, ça a un peu une odeur de chiottes...
Par Pierre Guilbert,
mercredi 13 avril 2011 { Thème Belgium }
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La tradition veut que l’on garde confidentielle la teneur des conversations que l’on entretient au palais royal. Mais qu’en est-il des palabres princières et grivoises qui sont échangées dans un cocktail ? Peuvent-elles être dévoilées ? Allez, disons de toute façon que dix ans plus tard il y a prescription. Tout ce qui suit est rigoureusement exact. Seul le prénom de l’assistante a été changé.
Il y a pas mal de temps déjà, en mai 2000, au Festival de Cannes. Je poireautais à un cocktail. J’ai horreur de ça, discussions futiles, rires pep-sodent, courbettes m’as-tu-vu. Ma flute de champagne en main, je suis seul à la fenêtre, regardant des yachts tous plus luxueux les uns que les autres se bomber d’air devant les caméras du monde entier. Mais ça n’est pas mon truc non plus. Ni les yachts ni les cocktail. Je cherche Juliette, mon assistante, qui m’accompagnait. Juliette est aussi une très grande amie. Ça nous arrivait souvent de faire des déplacements professionnels ensemble. C’était le cas cette année-là à Cannes. Pour promouvoir mon projet Icuna, qui produisait des films spécifiquement pour Internet.
Je trouve Juliette un peu plus loin, en grande conversation avec le… Prince Laurent. Je ne suis pas physionomiste, mais là franchement, ce gars plutôt enveloppé en train de faire du gringue à mon assistante, je ne peux pas me tromper, il a du sang bleu. Juliette me voit et m’appelle. A la rescousse. Avec son grand sourire, elle me présente à son noble interlocuteur :
Pierre Guilbert, mon directeur… Mais le prince au sang chaud s’emberlificote dans un salmigondis d’insinuations pour le moins audacieuses. Il remet en cause tout simplement notre lien professionnel pour, dans un rire gras et légèrement postillonnant, conclure que … maintenant tout le monde couche avec tout le monde, et même les patrons avec leurs assistantes ! Tel quel.
Je ne suis pas bégueule. Et même si je ne sais pas si je dois lui donner du Monseigneur, de l’Excellence, ou encore du Mais mon cher ami Laurent, je ne vais pas lui faire le plaisir de le démentir la main sur le cœur et l’offuscation sur les lèvres. Je souris, Juliette rigole, et Laurent gnaffe gnaffe gnaffe. C’est quand même tout moi, ça : pour la première fois que je conciliabule avec un héritier d’un trône, voilà-t-y pas que berdanf c’est l’embardée, on glisse illico presto sur le sexe. Mais je n’ai rien fait pour, moi ! Alors, je tente une diversion, et meuble la conversation. Faut bien, un cocktail c’est aussi fait pour ça.
- Que pensez-vous d’Internet ?...
- Oh, pas grand chose. Je sais bien que ça existe, j’en ai déjà entendu parler, mais franchement je ne sais pas très bien à quoi ça sert…
On est quand même en 2000, Internet a plus de cinq ans d’existence en Europe, mais voilà, l’altesse ne semble pas intéressée par le sujet que son sujet lui soumet.
- Et le cinéma, vous vous intéressez au cinéma ?... (On est en plein festival de Cannes, à une réception belge à Cannes !)
- Oh, vous savez, le nombre de fois qu’on m’a proposé de jouer dans un film… Mais j’ai chaque fois refusé. En répondant que la vie, c’est du cinéma… Gnaf gnaf gnaf.
A nouveau fausse route, le sujet ne branche pas l’auguste.
- Et Cannes ? C’est la première fois que vous venez à Cannes ?...
- Non, bien sûr, je suis déjà venu plusieurs fois…
- Ah oui, il est vrai que vous avez une maison de famille ici tout près, à Grasse, n’est-ce pas ?...
- Oh non, mes parents en ont une. Mais vous savez, mes parents, c’est mes parents, et moi c’est moi.
Troisième tentative. Troisième échec. De quoi cause-t-on avec un prince, allez savoir. Echange de bons procédés, c’est maintenant Juliette qui me vient à la rescousse :
- Pierre, on m’a expliqué qu’en présence de quelqu’un de la famille royale, le protocole nous interdit de lui poser des questions. Mais qu’à l’inverse, lui pouvait nous poser toutes les questions qu’il voulait. Et qu’on était obligé de répondre…
- Eh bien commençons tout de suite, fait alors le vénérable en se frottant les mains et en se tournant vers Juliette. Quel est votre tour de taille ?...
- Euh… je ne sais pas, baragouine mon assistante qui à l’évidence n’avait pas imaginé que le protocole ait pu prévoir une telle question.
Ni une ni deux, l’excellent roitelet penche tout son poids en avant et mime avec ses royales paluches le geste de ceinturer la taille de guêpe de ma collaboratrice.
« On va mesurer nous-même » s’exclame-t-il, en m’adressant un regard gourmand m’intimant de les laisser rien qu’à deux –
Mais en l’absence du patron, cela va sans dire, gnaf gnaf gnaf… dit-il –, démontrant par là que le « nous-même », dans sa bouche, était bien majestatif et non collectif.
- Ah non, dis-je en regardant ma montre, c’est toujours l’horaire de travail, faut pas confondre les genres… gnaf gnaf gnaf.
C’est la première fois de sa vie que Juliette voit un pur sang royal se précipiter sur elle, invoquant une sorte de droit de cuissage, et ce en plein cocktail. Elle ne connaît pas grand chose au baisemain, mais se retrouver de la sorte avec le fils du roi qui vous fait un début de révérence quasi frénétique et trébuchante impressionne quand même, faut reconnaître ce qui est vrai. Histoire d’échapper à une étreinte que d’aucuns considéreraient comme pachydermique, Juliette saisit la royale cravate qui pendouille lamentablement en tournicotant sur elle-même.
Oh ! votre cravate est mal mise… dit-elle comme diversion.
La diversion a opéré. On ne touche pas impunément les attributs d’un prince, fussent-ils symboliquement phalliques ! Deux pas en avant, trois pas en arrière, le monarquissime recula, effrayé.
« Mais vous ne rendez pas compte de ce que vous êtes en train de faire !... Il y a des journalistes, des photographes… » fit-il d’une morgue certaine en lissant son souverain tissu. Juliette aurait pu paraître à la Une de Match, pensez donc. La nouvelle fiancée du Prince des chiens et des chats !... C’est à ce moment-là que la ministre de l’audiovisuel belge vint chercher son sire préféré pour la photo de famille. Corinne De Permentier, sans petit « de » comme dans pomme de terre, happa le petit prince, le faisant disparaître de notre vie aussi rapidement qu’il y était entré. Le pauvre ne connaîtra jamais le tour de taille de Juliette !...
Quand je vois sa photo maintenant dans la presse, je ressens beaucoup d’émotion, moi qu’il prit en quelque sorte pour un rival. Et j’observe sa cravate. Pour regarder si Claire la lui asticote mieux que mon amie Juliette.